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25.03.2026
Academy

Loris Mittaz: L’artiste qui fait du bien

Avec son premier album, Blackout, le pianiste valaisan nous embarque en voyage. Il nous transmet toutes les émotions d’un sacré parcours de vie. Il y parle de lui et, pourtant, chacun·e s’y reconnaît très nettement. Ses joies et ses peines, ses peurs et ses espoirs sont les nôtres.

Propos recueillis par Leila Klouche • Photos : Samuel Devantéry

Quand il joue, des images et des histoires sortent de son piano. Sa musique touche les gens au cœur et, même si elle les fait pleurer souvent, elle leur apporte de la joie et du réconfort. C’est une musique à haute valeur émotionnelle. Le jeune musicien de Chermignon s’en défend un peu. Loin de lui l’envie de faire pleurer qui que ce soit. D’ailleurs, quand il parle entre les morceaux, les larmes sèchent aussitôt. En concert, Loris Mittaz ne voit pas les visages, il entend juste les rires et les mouchoirs. C’est un peu particulier, mais comme tout le monde lui dit à quel point sa musique fait du bien, il se dit que tout va bien. 

Il a commencé le piano pour remplacer le foot, auquel il ne pouvait plus jouer quand sa vue s’est dégradée, mais le plaisir que l’instrument lui a procuré est au-delà des mots. Et, encore aujourd’hui, il a de la peine à croire que cette carrière est pour lui et qu’il pourrait bientôt pouvoir vivre de sa musique, en jouant ! Son premier album est sorti en octobre dernier. Il y raconte un destin, entre intensité et légèreté, entre drame et joie de vivre. Côté multimédia, le musicien est informé. Il nous apprend que l’accessibilité numérique a encore une généreuse marge de progression devant elle, et s’il est un utilisateur enthousiaste des technologies, il préfère toutefois utiliser ses claviers pour créer de la musique. Rencontre à l’Hacienda de Sierre, jour de répétition et veille de concert, une journée ordinaire pour un musicien bientôt pro qui rêve de cette vie-là.


CNET! Tu viens de faire une semaine de résidence avec des musiciens. Qu’est-ce que tu prépares ?
LORIS MITTAZ On teste plusieurs formats de concert pour la tournée de Blackout. Une version piano solo, pour les salles classiques et les théâtres, avec des places assises, en mode intime. Une version plus large avec tout l’orchestre de cordes, qu’on ne jouera pas souvent, mais qu’on peut sortir pour des projets particuliers. Et puis une formule plus rythmée, piano et batterie, pensée pour les festivals.


L’album est sorti en octobre. Comment a-t-il été reçu jusqu’à présent ?
Super bien. Le vernissage au Baladin, à Savièse, a été sold out. Et puis il y a eu les retours du public, mais aussi de gens du milieu, des journalistes, des musiciens, qui m’ont dit que l’album les avait beaucoup touchés. Médiatiquement, ça a pris de l’ampleur, ça valide deux années de travail.


Qui est Loris ?

Loris Mittaz est un pianiste valaisan originaire de Chermignon. Né en juin 2001, il commence le piano à 10 ans lorsqu’il ne peut plus jouer au foot à cause d’une maladie de la vue. À 11 ans, il décide de se consacrer à cet instrument, quand il découvre Una Mattina, le célèbre morceau de Ludovico Einaudi dans le film Intouchables. De formation classique et jazz (EJMA), Loris se produit sur scène et multiplie les projets en collaboration. Parallèlement, il se met à la composition. Il fait ses premiers pas en solo sur des scènes reconnues, notamment à Crans-Montana Classics et au Verbier Festival.

En octobre 2025, il sort son premier album, Blackout, qui raconte son parcours face à sa perte de vue, en trois actes. Son concert au Baladin de Savièse est sold out et le projet est très bien accueilli.


Comment l’aventure a démarré ?
C’était à la Foire du Valais (rires), en 2023. Après une longue soirée, mon meilleur pote m’a demandé quel était mon rêve et je lui ai décrit le projet que j’aimerais faire un jour, avec des cordes dans un studio d’enregistrement à Paris. Le lendemain, il m’a dit : « On va le faire ! » On n’avait pas d’argent, mais on a posé les idées, monté un dossier et fixé la date de sortie au 17 octobre 2025.


Et tu n’avais pas encore un seul morceau à ce moment-là ?
Non, mais j’ai pris le temps d’y réfléchir. J’ai cherché un thème, et j’ai pensé à ma perte de vue, qui m’embêtait pas mal. Alors je me suis dit que j’allais faire un album là-dessus. Ça serait mon autothérapie. Au lieu d’aller voir un psy, j’allais discuter avec mon piano tous les soirs, et ça ferait un album ! Et voilà.


Vous avez trouvé des fonds facilement ?
On a réussi à récolter tout ce dont on avait besoin, et même plus. Du coup, le rêve a pu aller plus loin que prévu. À la base, j’imaginais un projet avec quatre cordes et, finalement, on est allé enregistrer à Paris avec un orchestre de vingt-deux musiciens. Les arrangements ont été confiés à Mathieu Herzog, qui est mondialement reconnu. Le projet a pris une autre dimension.


Et là, c’est la tournée qui se prépare ?
Maintenant que l’album est sorti, le but est de jouer, de rencontrer les gens, de s’amuser. J’ai passé deux ans enfermé à composer, là j’ai juste envie d’être sur scène. En juillet, je serai à Sion sous les étoiles, et je vais peut-être partir en Colombie en novembre…



Tu as joué à la cérémonie d’hommage aux victimes de Crans-Montana. Comment ça s’est passé ?
Ça me tenait à cœur d’y participer, c’était ma façon de contribuer, de pouvoir réchauffer un peu les cœurs avec ma musique. Pendant toute la cérémonie et les jours avant, j’étais très mal, il y avait toute cette peine, mais aussi le stress de la responsabilité dans un moment tellement important. Mais dès que je me suis mis au piano, j’ai senti que le poids que j’avais sur le cœur s’en allait. J’ai improvisé pendant cinquante minutes et ça m’a fait un bien fou. Et puis les retours des familles m’ont vraiment touché. Certaines m’ont dit que ça leur avait fait du bien. C’était mon objectif, même si ça ne devait soulager qu’une seule personne. C’est pour ça que je fais de la musique, pour transmettre des émotions.


C’est incroyable de se dire que ce qui te fait le plus plaisir, ta passion, peut faire autant de bien aux gens. Ça n’est pas donné à tout le monde.
Oui, c’est fou ! J’ai vraiment beaucoup de chance.


Ta musique est très narrative. Est-ce que tu composes à partir d’images mentales ?
Oui, complètement ! J’adore les musiques de film. Même si je ne vois pas les images, je vis les films à travers la musique. Du coup, quand je compose, je me crée un film dans ma tête.


Justement, j’aimerais te poser des questions sur ton rapport aux médias. Tu regardes des films, du coup ? En audiodescription ?
J’adore regarder des films, mais pas en audiodescription, je déteste ça. Je trouve que ça te sort complètement du truc. « L’homme pose une tasse rouge sur la table. » (Rires) Ça me va de juste écouter.


Et tu regardes la télé aussi ?
Un peu, surtout le foot. Mais comme je ne peux pas naviguer tout seul dans la box, je préfère regarder les plateformes de streaming sur mon ordi ou sur mon téléphone. Car j’ai une app de navigation qui me guide par la voix et qui me permet de faire ce que je veux.


Ses applications préférées

Seeing AI

« Super pratique pour moi. Quand je reçois une photo, ça me décrit ce qu’il y a dessus. Je peux aussi faire une photo de ce qu’il y a devant moi et ça me donne le détail  de ce que je ne peux pas voir. »


 

Ableton

« C’est ce que j’utilise pour faire de la musique. Mais l’éditeur intègre mal mon app de voice-over, ce qui me limite un peu. J’utilise beaucoup mes claviers, du coup, c’est plus simple. »

 

Excel

« Je me suis pris de passion pour ces tableaux l’année passée, alors qu’à l’école ça ne m’avait pas plus intéressé que ça. J’utilise ChatGPT pour les formules et je me fais ma compta comme ça. J’ai même ressorti mes exercices d’info de l’époque, c’est trop cool. J’adore ! »


Est-ce que les technologies t’aident au quotidien ou c’est plutôt une contrainte ?
Ça dépend quoi, je dirais un peu des deux. Parfois, je deviens fou sur mon ordinateur à comprendre pourquoi ça marche pas. J’utilise des auxiliaires qui lisent mes messages et m’aident à naviguer. Mais pour les logiciels de musique, ça n’est pas bien implémenté, donc j’utilise encore toutes sortes de claviers pour composer. C’est plus simple que de devoir faire ça sur l’ordi.


Est-ce qu’il y a des apps que tu utilises beaucoup ?
J’ai découvert récemment Seeing AI, qui me décrit des images. C’est pratique quand on m’envoie une photo sur WhatsApp, par exemple. Ou, là, je fais une photo de la table et ça me dit ce qu’il y a dessus. Bon et puis ChatGPT, bien sûr. Un peu trop à mon goût, d’ailleurs.


Les IA te font peur ?
Un peu. J’ai peur de cette dépendance aux IA. L’autre jour, j’ai essayé d’écrire un mail tout seul, ça m’a fait suer. Pourtant je suis pas mauvais en rédaction. Mais évidemment, c’est super pratique. J’utilise ChatGPT comme moteur de recherche, c’est plus pratique que Google pour moi. 


Et les réseaux sociaux, tu t’en sers beaucoup ?
En tant qu’artiste, on ne peut pas se passer des réseaux sociaux. Il y a évidemment un côté négatif, avec le harcèlement, les gens qui se cachent derrière un écran, l’IA qui mélange le vrai et le faux. Mais d’un autre côté, c’est génial parce que tu peux créer ta propre identité visuelle, faire ce que tu veux. Aujourd’hui, tout le monde peut faire de la musique depuis sa chambre, ça crée beaucoup de concurrence, mais tu peux aussi toucher directement ton public.


Tu as beaucoup d’abonnés ?
Sur Instagram, je n’en ai que 4000. C’est marrant comme, sur les réseaux, 4000 c’est rien. Mais ma grand-mère trouve ça énorme ! (Rires) Sur Spotify, depuis la sortie de mon album, je suis passé de 300 à 35 000 auditeurs par mois, avec des streams un peu partout, dont au Brésil et en Australie. C’est ça qui est fou avec la technologie : ta musique peut être écoutée partout dans le monde instantanément.


Tu gères tes réseaux tout seul ?
Non, il y a quelqu’un qui s’en occupe. Mais je lis tous mes messages. Par contre, je like, mais je ne peux pas répondre, ça me prend encore trop de temps d’écrire des messages.


À titre personnel, tu suis des contenus ?
Oui, bien sûr, surtout des comptes de musiciens. Mais mon algorithme Instagram me joue des tours : je peux regarder dix vidéos de musique et une seule vidéo débile, tu peux être sûre qu’après, il me sert que des vidéos débiles pendant une semaine ! (Rires)


Quel est ton rêve ?
Mon plus grand rêve, ce serait de pouvoir vivre de ma musique. Mais aussi de jouer un jour à l’Auditorium Stravinski au Montreux Jazz. Le Stravinski, c’est un lieu mythique pour moi. Le jour où je jouerai là-bas, je me dirai que j’ai vraiment réussi.


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